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IL ETAIT UNE FOIS 1720

Publié par Festival Historique

Si nous savons beaucoup sur le voyage retour, malheureusement, pour celui en partance de Marseille, on est à peu près démuni.
Pour mieux comprendre, montons à bord d’un voilier de notre siècle dans la rade de Marseille, choisissant sa route pour se rendre à Izmir (Smyrne).
Il est poussé par les vents du nord-ouest qui l’entraînent de cap en cap le long de la côte provençale : cap de l’Aigle, cap Sicié... rade de Toulon.
Dans cette partie de la Méditerranée occidentale, les conditions météorologiques sont capricieuses, essentiellement dues au régime anticyclonique prédominant et au relief déchiqueté des montagnes proches. Les brises côtières peuvent être fortes les mois d’été.
Après Toulon, pour gagner la Sicile, le bloc Corse-Sardaigne doit être forcé.
Quatre voies possibles : suivre la côte italienne, trouver sa route parmi les écueils des Bouches de Bonifacio, longer les contreforts de la Sardaigne jusqu’à la contourner par le sud ou passer le cap Corse.
Le golfe de Gênes s’enfonce dans les terres italiennes, les côtoyer augmente donc la durée du voyage, une perte de temps.
Se glisser parmi les îlots acérés et les hautfonds des Bouches de Bonifacio, responsables de tant de naufrages, pourquoi prendre un tel risque ? Ici les vents s’engouffrent comme dans un entonnoir. En outre, il faut impérativement franchir ce passage de jour.
Le sud de la Sardaigne est une région bien éloignée pour qui veut se rendre en Méditerranée orientale. C’est aussi une perte de temps.
Doubler le cap Corse est une route qui présente également des dangers. Le libeccio est un vent local qui s’allonge et franchit en s’établissant pendant de longs jours. S’il n’est pas trop fort, les voiles carrées profitent dans ces conditions d’une allure portante. Le navire court sous toute sa toile.
Le voilier passe le cap Corse, s’écarte de l’île d’Elbe et se laisse aller le long des côtes toscanes, chassé par les perturbations estivales de nord-ouest du golfe de Gênes.
La mer Tyrrhénienne est maintenant son nouvel espace. Prochaine difficulté, la Sicile, une île imposante en continuité de la « botte italienne » et qui semble interdire tout passage.
On peut la contourner par le sud-ouest en s’approchant des côtes d’Afrique du Nord. Les brises côtières sont ici d’autant plus sensibles que la différence de température entre la mer et les terres africaines est importante. L’effet d’entonnoir est l’égal de celui des Bouches de Bonifacio.
On peut s’engager dans le détroit de Messine qui est un point critique tant à l’aller qu’au retour. Les courants sont violents et continus et les tourbillons inquiètent toujours les marins. Les navires sont comme emportés par les flots d’un fleuve puissant.
Le voilier évite d’abord l’écueil de Charybde puis celui de Scylla. Ils ont effrayé plus d’un marin !
Le détroit de Messine s’éloigne. On traverse rapidement la mer Ionienne sous l’effet du meltem, un vent régulier et fort, jusqu’aux abords de la mer de Candie.
Toujours sous l’influence de ce vent d’été, le voilier dépasse la Crète et se glisse entre les nombreuses îles et îlots rocheux des Cyclades. Il emprunte un des nombreux tracés capricieux imposés par les souffles portants. Il se fraie un passage parmi l’Archipel et s’engage entre les îles d’Andros et de Tinos pour découvrir la mer Égée et la côte de l’Asie Mineure.
Le terme du voyage est proche. L’île de Chio se profile à l’horizon et Izmir, située au même niveau, est là.
Après une vingtaine de jours de navigation, le voilier de notre siècle mouille dans le port principal de la République turque.
Laissons-le, il n’a pris la mer que pour illustrer notre propos.
À la fin de mois d’août 1719 le Grand Saint-Antoine s’approche des côtes de l’Empire ottoman après 29 jours de traversée.
 
Extraits: Un homme, un navire, la peste de 1720 - Michel GOURY - Aquarelle Jean Marie GASSEND
8 - GRAND SAINT ANTOINE - LE DERNIER VOYAGE - L'ALLER
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