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IL ETAIT UNE FOIS 1720

Publié par Festival Historique

23 - GRAND SAINT ANTOINE - LE DERNIER VOYAGE – LA MORT A POMEGUES

Depuis le 19 mai, date du départ du Grand Saint-Antoine du port de Livourne, le matelot François Lion est malade. Il porte en lui les signes apparents des « fièvres malignes » que la durée du voyage n’a pas pu adoucir, que le savoir du chirurgien n’a pas su apaiser.

Dimanche 26 mai, l’aumônier du lazaret dit la messe, puis chante à haute voix, à l’attention des passagers tenus à l’écart, l’antienne de saint Roch.

« Je vous salue glorieux et illustre Saint Roch qui par providence divine naquîtes marqué du signe de la croix, ô saint très heureux d’un cœur humilié j’implore vos puissantes faveurs envers Dieu pour ainsi qu’il vous a promis être spirituellement et corporellement délivré de tout mal contagieux et pestilentiel

A Pomègues, François Lion agonise sous les yeux de l’équipage. Pour la neuvième fois, le mal implacable foudroie un marin du Grand Saint-Antoine.

La peste s’acharne encore sur le vaisseau. François Lion meurt. Son nom s’ajoute à la liste des morts que met à jour l’écrivain du bord.

Le garde affecté au bâtiment alerte sans délai le capitaine de l’île de Pomègues du décès du marin. Jean-Baptiste Chataud fait connaître la situation aux intendants. Il n’est plus autorisé à se rendre à Marseille avec son canot.  L’isolement étant de règle.

Le bateau de service du Bureau de la Santé est le seul moyen de communication avec la ville. Les allées et venues quotidiennes de celui-ci apportent aux équipages un souffle de vie terrestre. Les matins, sauf le dimanche ou lorsque la mer est impraticable, il part de Marseille à sept heures pour rallier l’archipel du Frioul. Les vivres et les provisions destinées aux insulaires occupent le fond de l’embarcation. Il emporte régulièrement les lettres des intendants de Santé qui, après délibération, font connaître leurs directives. Le règlement est strict : la mort d’un matelot pendant le temps de la quarantaine est un événement d’importance à faire connaître au plus tôt aux intendants.

Les intendants se rencontrent deux fois par semaine dans leur bureau de la Consigne sanitaire.

Ils se réunissent le lundi et le mercredi ou jeudi, à deux heures de l’après-midi de la Toussaint à la Pentecôte, et à cinq heures pendant l’été. Ils peuvent siéger exceptionnellement à d’autres moments, en l’Hôtel de ville, en présence obligée des échevins et du commandant de la ville.

 

lundi 27 mai, onze intendants s’assemblent pour délibérer sur les dossiers ordinaires concernant la santé

La réunion est conduite par Charles- Joseph Tiran, patron du Bureau de la Santé et Louis Cornier, son adjoint et les intendants semainiers qui ont pris deux jours auparavant la déposition de Jean-Baptiste Chataud.

Charles-Joseph Tiran ouvre la séance en prononçant l’oraison de saint Roch : «Dieu qui avez fait tant de grâces à St Roch que vous lui avez voulu envoyer une table par votre Ange nous vous prions qu’il vous plaise par l’intercession d’icelui dont nous faisons commémoration nous puissions être délivrés de peste tant spirituelle que corporelle par notre Seigneur Jésus Christ . Ainsi soit-il. »

L’assemblée s’intéresse aussitôt à ce qui est appelé le « courant », le suivi des quarantaines des navires, des passagers et des marchandises. Les intendants délibèrent et fixent les dates des déplacements éventuels des navires vers l’anse de la Grande Prise. Puis ils précisent les jours où les bâtiments feront leur ultime étape au mouillage de la « chaîne ». Tirée chaque soir depuis le fort Saint-Jean, elle verrouille l’entrée du port. Les navires autorisés à « aller à la chaîne » vont ainsi être inspectés une dernière fois, et pour certains, recevoir une nouvelle fumigation. Douze délibérations sont soigneusement consignées par Estienne Bezaudin, secrétaire-archivaire.

Le Bureau de la Santé s’intéresse ensuite au cas du Grand Saint-Antoine. Les onze intendants se prononcent : « le cadavre du matelot mort dans le vaisseau du capitaine Chataud sera porté aux infirmeries pour être visité par le chirurgien du Bureau en présence de celui du bord. » Cette décision est immédiatement suivie d’une autre : « le vaisseau du capitaine Chataud ira à la Grande prise de Pomègues jusqu’à un nouvel ordre. »

A Pomègues, Jean-Baptiste Chataud se trouve maintenant dans une position d’obéissance pour l’exécution des ordres transmis par le Bureau de la Santé. La situation du vaisseau, le devenir de la cargaison et le sort des marins ne relèvent plus de son autorité. Désormais les intendants décideront de l’avenir du navire, des marchandises et de l’équipage.

La flamme rouge au bout de l’antenne de la chaloupe est hissée. Le chirurgien navigant du Grand Saint-Antoine, Elzéard Grasset, assisté d’un garde de santé, accompagne au lazaret la dépouille du matelot François Lion.

Aux infirmeries -  Un rapport des premiers symptômes est remis à Honoré Gueyrard, le chirurgien du Bureau de la Santé.

Mardi 28 mai il examine le cadavre. À ses côtés, le chirurgien du Grand Saint-Antoine. 

Il déclare que le matelot « n’est pas mort de la contagion » ... François Lion est porté en terre, dans le cimetière du lazaret.

Extraits: Un homme, un navire, la peste de 1720 - Michel GOURY

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